Emma Goldman et le monde ouvrier

La soi-disant controverse de savoir si EG était « individualiste » ou « collectiviste » serait due à ce que « beaucoup de biographes considèrent comme un dédain de Emma envers les masses. Elististe, « elle percevait de plus en plus les masses comme des obstacles au changement social » (Solomon, 54). » citée dans L’interprétation de l’anarchie : la vie de Emma Goldman /15/linterpretation-de-lanarchie-la-vie-de-emma-goldman/

Dans un article intitulé “Tour Impressions,” publié dans Mother Earth Vol.5, no. 10 de décembre 1910,Voltairine de Cleyre s’interroge sur l’utilité des tournées de réunions publiques :

« …Mon sentiment est que notre mode actuel de propagande (si propagande il y a) est une erreur tragique. Je suis convaincue plus que jamais que notre travail devrait être avec les ouvriers et non avec la bourgeoisie. Si les bourgeois choisissent de venir, très bien, qu’ils viennent. Mais je n’approuverai jamais cette recherche de « salles respectables », de « quartiers respectables », de « gens respectables » etc., etc., dans laquelle nous nous sommes en quelque sorte pervertis. Le principal résultat semble être de nombreuses flatteries superficielles pour l’orateur à la fin de la réunion, de la part de gens qui n’ont aucun intérêt ni l’intention de prendre suffisamment au sérieux les paroles de l’orateur pour les mettre en actes »

Emma Goldman, dans le même numéro, répond à De Cleyre, avec son franc-parler habituel

« Pour ma part, j’ai travaillé avec et parmi eux [les ouvriers]. Je me sens par conséquent plus qualifiée que Voltairine pour dire ce qui peut être accompli parmi leurs rangs. Après tout, mes amis connaissent les masses principalement en théorie. Je les connais par mes contacts avec elles depuis des années dans et en dehors de l’usine. » Une réponse

EG refusait de ne s’adresser qu’au monde ouvrier

« L’anarchisme n’est pas une théorie toute faite. C’est un esprit vital qui englobe toute la vie. Par conséquent, je ne m’adresse pas seulement à quelques éléments particuliers de la société: Je ne m’adresse pas seulement aux ouvriers. Je m’adresse aussi aux classes supérieures parce qu’en réalité, elles ont besoin d’éducation davantage encore que les ouvriers. La vie éduque d’elle-même les masses et est un professeur strict et efficace. Malheureusement, elle n’enseigne rien à ceux qui se considèrent comme les privilégiés sociaux, les mieux éduqués, les supérieurs. »An Anarchist Looks at Life,

Elle va, en cela à l’encontre des théories de l’anarchisme « lutte de classes »

« Au contraire d’autres théories sociales, l’anarchisme ne se construit pas sur des classes mais sur des hommes et des femmes. » Une réponse

Mais il n’y a aucun « dédain » de Goldman pour « les masses ». Il s’agit plutôt de réalisme, fortement teinté de pessimisme. Ce qui est assez surprenant, contradictoire, venant d’une idéaliste (et souvent présentée comme telle). Elle n’avait pas une vision idéalisée du monde ouvrier. Ce sujet revient souvent dans les écrits de Goldman, particulièrement dans sa correspondance. Son expérience en Espagne n’a fait que renforcer son pessimisme. Dans une lettre à Mollie Steimer datée du 10 septembre 1937, par exemple,

« Ton affirmation selon la quelle il y aurait quelque chose qui clocherait dans l’anarchisme parce que Kropotkine a rejeté nos idées sur la guerre et parce que les camarades dirigeants ont échoué à établir l’anarchisme, semble un raisonnement erroné. En premier lieu parce que l’échec d’un ou de plusieurs individus ne peut jamais nuire à la profondeur et à la vérité d’un idéal . . .

Mais il y a autre chose. Quelque chose à laquelle j’ai longuement réfléchi depuis les événements de mai en Espagne. A savoir, si nous,, anarchistes , n’avions pas pris nos désirs pour des réalités. Si nous n’avions pas été trop optimistes dans notre croyance que l’anarchisme s’était enraciné dans les masses. La guerre, la révolution en Russie et en Espagne et l’échec absolu des masses pour s’élever contre l’annihilation de chaque vestige de liberté dans tous les pays, m’ont convaincu que l’anarchisme, encore moins que toutes autres idées sociales, n’a pas pénétré les esprits et les cœurs, ne serait-ce que d’une minorité substantielle, encore moins des masses. En réalité, il n’existe nulle part dans le monde un mouvement anarchiste organisé. Ce que nous avons est si négligeable, si insignifiant. Il est ridicule de parler d’un mouvement anarchiste organisé. » Vision on Fire Emma Goldman on the Spanish Revolution David Porter AK Press, 2006 Seconde Edition  pp 298-299

Sa position sur les organisations ouvrières est assez orthodoxe. Le syndicalisme, pour elle, ne se suffit pas en lui-même. Ainsi, par exemple, dans une lettre à Wi!liam Jong du 11 mai 1935 :

« Pour ma part, je soutiens que le syndicalisme est seulement le bureau central pour la planification industrielle, la distribution des produits indispensables à la vie relèverait des coopératives, alors que le groupe anarchiste agirait comme force culturelle. Ces trois facteurs fédérés ensemble préserveraient la société de tout risque de dérive bureaucratique. Autrement dit, de simples groupes anarchistes qui n’ont jamais pénétré les masses, n’ont pas joué par le passé et ne joueront pas dans le futur, un rôle décisif dans la période révolutionnaire. »

Et elle ajoute ces lignes prophétiques, deux ans avant le déclenchement de la révolution espagnole :

 » Il est plus probable qu’ils (les anarchistes) seront toujours utilisés par les politiciens pour tirer les marrons du feu pour eux . Cela a été le cas en Russie, et ce sera le cas en Espagne si nos camarades sont assez fous pour faire un front uni avec les socialistes ou les communistes » Vision on Fire   pp 273-274

EG a souvent exprimé son désaccord avec les organisations syndicales réformistes, son soutien allant au syndicalisme révolutionnaire des Industrial Workers of the World.

« Les ouvriers qui ont développé une conscience prolétarienne et un esprit combatif ne sont pas à la A. F. L. Ils sont chez les Industrial Workers of the World. L’opposant le plus acharné à cette bande héroïque de prolétaires américains était Samuel Gompers. « 

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Samuel Gompers

 

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