Emma Goldman

Ce que je crois a été à de nombreuses reprises la cible d’écrivaillons. Il a circulé tant d’histoires incohérentes à vous glacer le sang sur mon compte qu’il ne faut pas s‘étonner si les gens ordinaires ont le cœur qui palpite à la seule mention du nom de Emma Goldman. C’est vraiment dommage que soit révolu le temps où on brûlait les sorcières et où on les torturait pour exorciser l’esprit du mal. Parce qu’en fait, Emma Goldman est une sorcière! Certes, elle ne mange pas des petits enfants, mais elle fait bien pire. Elle fabrique des bombes et défie les têtes couronnées. B-r-r-r! »
What I Believe Emma Goldman New York World, 19 juillet 1908.

eg1910

Emma Goldman en 1910

Contrairement aux États-Unis, Emma Goldman est relativement peu connue, car peu traduite jusqu’à récemment, en France. L’effort le plus conséquent a été celui de Femmes et anarchistes – Voltairine de Cleyre et Emma Goldman BlackJack éditions mars 2014, un recueil de textes traduits par Léa Gauthier, Yves Coleman, Marco Silvestro et Anna Gruzynski, dont certains peuvent être lus sur le site  Ni patrie ni frontières  de Yves Coleman  (Voir documents en lignes en français également).  « Emma Goldman a été victime, tout particulièrement dans le monde francophone, d’une étrange amnésie qui a fait que le mouvement anarchiste, pourtant si enclin à célébrer son histoire et ses héros, semble parfois aisément oublier qu’il a aussi compté de nombreuses héroïnes » remarque Normand Baillargeon dans sa préface à « Une éthique de l’émancipation » de Max Leroy. L’Atelier de Création Libertaire, novembre 2014.

Le but de ce site n’est pas de faire de Goldman une icône dont n’a nul besoin le mouvement libertaire. Son objectif est d’abord de rendre accessible ses textes, soit par des liens dans Documents en ligne, soit par des traductions inédites. Et de rendre à Goldman ce qui appartient à Goldman

Emma Goldman occupe sans conteste une place à part parmi les militant-es et les théoricien-nes anarchistes de la fin du XIXème siècle et le début du XXème. Même si Kathy E. Ferguson dans Emma Goldman: Political thinking in the streets [Rowman & Littlefield, Lanham 2011]  fait remarquer que même les critiques sympathisants de Goldman « l’ont rarement appréhendé comme une théoricienne politique. Au lieu de cela, leur attention s’est portée sur son activisme politique (souvent défini comme opposé à la théorisation) ou sur sa sexualité ». Elle aborde les thèmes « classiques » de l’anarchisme avec un regard personnel, plus que théorique bien souvent, (l’exploitation capitaliste du travail, le rôle négatif des institutions religieuses, la critique de l’État, du patriotisme et de la guerre, la futilité des politiques réformistes et de la démocratie représentative, etc…) et en franchit allègrement les bornes pour élargir sa vision de la société anarchiste à la sexualité, y compris à l’homosexualité, à la condition de la femme, – le contrôle des naissances, en particulier – à la place de la culture, à l’éducation, à la liberté d’expression, parmi d’autres thèmes fréquemment abordés.

Goldman a été souvent vertement critiquée à son époque, elle le serait encore aujourd’hui, car elle interroge l’orthodoxie anarchiste, et comme si chacun le sait, l’orthodoxie anarchiste n’existe pas, l’hétérodoxie n’y est pas toujours considérée d’un bon œil. Ainsi Sam Dolgoff, interrogé sur Emma Goldman :

« Fondamentalement, elle ne demandait pas beaucoup plus que ce qui serait aujourd’hui considéré comme un programme libéral. Le contrôle des naissances, des droits égaux pour les femmes, une meilleure éducation, etc. Il n’y avait pas grand chose dans ce qu’elle demandait auquel le système aurait pu s’opposer…. Je ne parle pas du socialisme, bien sûr, mais ses demandes n’étaient pas sur cette base. Elles étaient basées sur ces questions secondaires. » 1

Sam Dolgoff ne pouvait pas ignorer la condition des femmes dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle et la première moitié du vingtième, ni le fait qu’à l’époque, le système faisait barrage à ces demandes. En outre, plus d’un siècle plus tard, les questions soulevées par Goldman sont, hélas, toujours d’actualité.

Dans la même veine, Albert Meltzer, dans ses mémoires 2,  conteste le choix de la CNT-FAI de nommer Goldman comme représentante en Grande-Bretagne :

« Encore une fois, elle est certainement présentée comme une grande femme, comme elle se considère sans aucun doute elle-même, au sein des cercles féministes. Emma jouissait d’une immense réputation aux États-Unis comme propagandiste de l’anarchisme et de l’amour libre…

…. Elle vit habituellement dans le sud de la France et fait des tournées de conférences dans les Iles britanniques. Cela lui a déjà valu des critiques dans les milieux anarchistes américains, où elle a parcouru les clubs féministes bourgeois et les déjeuners d’affaires, accompagnée d’un manager. Son désir de distraire la bourgeoisie a nuit considérablement à sa crédibilité de propagandiste.

….Emma disait qu’elle voulait aussi aller au front comme infirmière, mais Mariano Vasquez, secrétaire de la CNT, lui avait dit que ce serait du gâchis; qu’avec sa réputation, elle ferait des merveilles en leur obtenant des soutiens en Angleterre. Mais c’était certainement une erreur. Ils pensaient que Emma Goldman était une personne célèbre, qui ferait les gros titres des journaux, et cela aurait pu être vrai aux États-Unis, mais en Angleterre, elle était presque inconnue…. Sa connaissance de la Grande Bretagne était fondamentalement celle d’une touriste de Brooklyn. Cela apparaît clairement dans son livre et ses lettres publiées, avec des références à ‘ce qui n’est pas fait en Angleterre’, des plaintes au sujet du café et du temps, de la froideur des gens etc. »

Ou encore, Domenico Tarizzo, dans son ouvrage L’Anarchie : histoire des mouvements libertaires dans le monde (Seghers, 1978) :

« Avec son idéalisme schématique et datant du XIXe siècle, elle a toujours gardé une attitude rigidement anti-marxiste, fermée non seulement à la dictature stalinienne, mais aussi à l’opposition communiste de gauche, de tendance trotskiste ou en tout cas bolchevique. C’est à elle et à Berkman que revient la plus grande part de responsabilité dans la division entre marxistes et libertaires »

A chacun-e son Emma Goldman. Ce site en présentera une vision, la plus complète possible.

Notes

1.Interview with Sam and Esther Dolgoff Ann Allen 15 juin 1972

2.I Couldn’t Paint Golden Angels (Oakland: AK Press, 1996)

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2 responses to “Emma Goldman

  • Diomedea

    Salut, je vais publier une brochure avec des textes d’Emma Goldman … en fait j’avais commencé à traduire Was my life worth living avant de me rendre compte que tu l’avais traduit. Je relis ta traduction et j’aimerais la mettre dans une brochure avec d’autres textes, traduits par Coleman.
    Je voulais juste que tu sois au courant que je comptais utiliser ta traduction, en citant la source bien sûr.

  • racinesetbranches

    Merci à toi. Tous les textes sont à disposition de tout-tes. Vérifie tout de même les traductions. Je suis un amateur et autodidacte. Frat’.

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